En Quête d'Hippocampes : quelles espèces en Europe ?
Quels hippocampes sur nos côtes ?


Deux espèces d'hippocampes sont classiquement reconnues sur les côtes d'Europe et de Méditerranée : l'hippocampe à museau court et l'hippocampe moucheté. Il n'est pourtant pas certain qu'elles soient les seules...

L'hippocampe à museau court
Hippocampus hippocampus
Taille : 9-11 cm (max. 15 cm). De la Manche à l'Afrique de l'Ouest, ensemble de la Méditerranée.


Hippocampus hippocampus, Golfe du Lion (© P. Louisy)

Pour le reconnaître :

  • Museau court : 2 à 2,5 fois plus long que haut.
  • « Crête » triangulaire élevée sur la nuque.
  • Corps souvent d'un brun assez uniforme, parfois foncé, parfois très clair, à l'occasion d'un jaune intense. Parfois des points et tirets foncés, rarement des mouchetures blanches ; normalement pas de marbrures. Généralement pas de filaments cutanés (mais ça peut arriver), corps d'ordinaire peu épineux (mais...).

Voir aussi la fiche concernant cette espèce sur le site DORIS de la FFESSM.


L'hippocampe moucheté
Hippocampus guttulatus
Taille : 10-12 cm (max. 18 cm). Essentiellement de la Manche à l'Afrique du Nord, ensemble de la Méditerranée.


Hippocampus guttulatus, bassin de Thau (© P. Louisy)

Pour le reconnaître :
  • Museau long : 3,5 à 4 fois plus long que haut.
  • Pas de crête ni de couronne marquée sur le dessus de la tête
  • Corps souvent brun doré, parfois noirâtre, parfois presque blanc, parfois jaune d'or. Normalement des mouchetures blanches, qui peuvent s'organiser en lignes ondulées (mais parfois absentes ou invisibles). Souvent des nombreux filaments cutanés, parfois ramifiés sur la tête.
Note
Hippocampus guttulatus est le nom scientifique généralement admis actuellement par la communauté scientifique. Cette espèce a également été nommée H. ramulosus puisque les deux ont longtemps été considérés comme synonymes (et le sont toujours par nombre de chercheurs).

Voir aussi la fiche concernant cette espèce sur le site DORIS de la FFESSM.



D'autres espèces sur nos côtes ?

Les hippocampes des côtes d'Europe et de Méditerranée sont finalement fort mal connus. Et il n'est pas impossible que des études complémentaires permettent de découvrir des espèces passées inaperçues. D'ores et déjà, une espèce longtemps considérée comme invalide pourrait mériter d'être réhabilitée, et une nouvelle venue, originaire de Mer Rouge, s'est invitée en Méditerranée Orientale.


L'hippocampe à ramules, Hippocampus ramulosus : une espèce à réhabiliter ?

Dans la deuxième édition de son  livre « Seahorses, pipefishes and their relatives » parue en 2003 (qui n'existe qu'en anglais), Rudie H. Kuiter réhabilite Hippocampus ramulosus comme une espèce différente de H. guttulatus, et présente des photos de spécimens vivants, originaires des côtes anglaises de la Manche, qui appartiendraient à cette espèce. A ce jour cependant, on peut considérer que la question de la synonymie entre H. ramulosus et H. guttulatus n'est pas résolue.


Hippocampus ramulosus, exemplaire-type.

Taille : 10-12 cm (max. 14 cm ?). Distribution géographique restant à préciser. L'espèce aurait été repérée dans le sud de l'Angleterre, et on peut donc s'attendre à la rencontrer sur les côtes de la Manche, mais rien n'exclut sa présence ailleurs, y compris en Méditerranée.

Pour le reconnaître :
  • Museau long (mais peut-être un peu moins que l'hippocampe moucheté ?).
  • « Couronne » épineuse proéminente à l'arrière de la tête.
  • En principe, de fortes épines sur le corps.
  • Coloration (semble-t-il) brunâtre assez sombre en général, éventuellement avec des mouchetures blanches (plutôt plus dispersées que chez l'hippocampe moucheté). La présence de taches ou de marbrures claires paraît habituelle chez cette espèce. Les épines du corps et surtout de la tête peuvent être prolongées par de longs filaments cutanés.


L'hippocampe terne, Hippocampus fuscus : un immigré de Mer Rouge

Taille : 10-12 cm (max. 18 cm). Ouest de l'Océan Indien et Mer Rouge (répartition d'origine), Méditerranée Orientale.



Hippocampus fuscus, Liban (© J.G. Harmelin)

Pour le reconnaître :
  • Museau assez court, mais plus long que l'hippocampe à nez court.
  • « Crête » triangulaire arrondie, rugueuse, sur le dessus de la tête.
  • Taches claires (sombres chez les individus clairs) en forme de selles sur la nuque, le dos et la queue.
  • D'ordinaire brun à noirâtre, avec des taches claires en forme de selles réparties le long du dos et sur la queue (le scientifique J.G. Harmelin en a cependant photographié, sur les côtes du Liban, un exemplaire d'un fort joli jaune d'or [ci-dessus]). Pas de filaments cutanés, épines peu développées.

Et quelques hippocampes mystères...?

Plus on examine les hippocampes croisés en plongée, dans différents endroits, différents milieux, et plus on leur trouve de différences....  Ainsi, la base de données photo de l'Hippo-ATLAS  illustre fort bien l'importante variabilité constatée entre des populations éloignées, ou habitant des environnements très différents (lagunes ou mer ouverte par exemple). On se demande parfois comment on peut les attribuer à une même espèce !


Les hippocampes de nos côtes peuvent avoir des aspects très variés,
même ceux que l'on attribue à une même espèce (© G. breton, P. Louisy).


Face à une telle hétérogénéité, on se pose évidemment la question de l'isolement génétique entre populations. Le mode de reproduction des hippocampes, qui mettent bas des jeunes déjà parfaitement développés et aptes à vivre dans le même milieu que leurs parents sans phase de dispersion planctonique (encore que cette question reste largement ouverte), favorise sans doute cet isolement, comme on l'a constaté sur les côtes australiennes par exemple. Y aurait-il sur nos côtes plusieurs espèces que l'on n'aurait pas encore su différencier ? Faut-il considérer que H. ramulosus est bien une espèce valide et différente de H. guttulatus, et dans ce cas quels hippocampes, quelles populations attribuer à l'une ou l'autre ?

Pour répondre (entre autres) à ces questions, une chercheuse anglaise, Lucy Woodall, mène actuellement une étude génétique sur les espèces européennes, avec le soutien du programme En Quête d'Hippocampes. Mais il est également nécessaire de s'intéresser à la morphologie et aux patrons de coloration ; la photographie sous-marine est un bon moyen  - non destructeur - pour collecter des informations dans ces domaines. Alors, si vous avez vu ou photographié un hippocampe sur nos côtes (Europe et Méditerranée), signalez-le à l'Hippo-ATLAS !


Dernière mise à jour : octobre 2008.